Entrée 16 du journal





Le panthéon : un nouveau départ.



Depuis la défense de Shaemoor, beaucoup de mois se sont écoulés et j’ai l’impression d’avoir fait mille choses ! C’est peut-être le cas finalement. Les missions d’exploration avec mes camarades du prieuré ont sans doute été les aventures les plus palpitantes de cette période. Au programme : ruines naines, artefacts antiques, créatures oubliées, pirates audacieux et j’en passe ! J’ai parfois l’impression d’avoir visité toute la Tyrie, néanmoins je sais qu’il reste encore beaucoup à voir en ce bas monde, sans parler des Brumes...

En dehors de mes voyages, il m’arrive de prendre du bon temps ailleurs qu’au Promontoire Divin. L’Arche du Lion est une destination de choix si on cherche à se changer les idées, bien qu’il faille surveiller sa bourse… à croire que tous les habitants de cette ville sont des brigands ou des escrocs. Même les marchands de pommes ont l’air louche ! Quoiqu’il en soit, quand on sait se défendre, c’est toujours plus facile de séjourner là-bas, ou devrais-je dire ici, puisque j’écris ces pages du balcon de ma chambre d’auberge située au-dessus de la place mystique.

Je peux entendre les cris des ivrognes de la taverne voisine et les rires des enfants qui courent partout, ces intrépides fils de pirates. Je m’en méfie aussi… quand on sait l’éducation qui leur est donnée, mieux vaut être prudent. Ceci dit, la vue est belle. Le reflet du soleil sur l’eau calme du golfe scintille comme des millions de joyaux. Le vent fait danser les feuilles des palmiers sur la plage, près du Port du Sanctuaire. Plus loin se dresse les murs de Fort Marriner, alors qu’au sud-ouest on devine les contours rocheux de l’île de la Griffe. L’endroit est plaisant, c’est indéniable. J’ai par ailleurs passé quelques heures à visiter les recoins de cette ville pleine d’histoire et d’endroits secrets. Il est vrai que je suis aussi présente ici pour aider les membres du prieuré. Nous avons un site d’excavation au cœur de la ville où l’on trouve régulièrement quelques objets appartenant au passé, des souvenirs de l’ancienne Arche du Lion qui furent ensevelis par le raz-de-marée. Lorsqu’on a besoin d’or et qu’on ne souhaite pas trop s’embêter, on se rend sur la route du gredin dans le Marché souterrain. L’endroit est probablement le plus malfamé de la ville. Des corsaires acariâtres tiennent l’endroit et imposent leurs règles, mais c’est ici qu’on trouve les commerçants les moins regardants sur l’origine des marchandises.

C’est dans cette grotte humide que j’ai rencontré une charr nommée Coeurtoisant. Elle se présentait comme une humble et honnête vendeuse d’aromates. S’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est qu’aucun « honnête » marchand ne fréquente pas la route du gredin. En discutant un peu, j’ai appris qu’elle vendait d’autres marchandises disons… plus secrètes. Parmi celles-ci, il y avait une pierre bleue gorgée de magie. En plongeant mon regard dans son éclat pénétrant, j’y ai vu un lieu mystérieux, froid et abandonné. Sans hésiter, j’ai troqué quelques marchandises pour en obtenir une.
J’ai demandé conseil à un ami asura du prieuré pour analyser la pierre, car sa lueur me rappelait celle des flux éthériques qu’on trouve à Rata Sum. Par les six j’ai horreur de ces termes techniques, mais il faut bien nommer les choses… Son verdict fut clair : « C’est une pierre de portail » m’a-t-il répondu. Il m’a aussi précisé que l’objet s’était lié à mon âme dès le moment où je l’ai tenu dans mes mains. En fin de compte, c’est une pierre de téléportation vers un lieu inconnu mais qui est lié à moi d’une manière ou d’une autre. J’ai décidé de l’utiliser en me concentrant fermement sur les émanations magiques de la pierre. Le temps d’un battement de cil, je me suis retrouvée ailleurs, mon corps entouré d’un ruban d’énergie bleue. L’effet se dissipa rapidement et j’observais ce nouveau lieu avec un sentiment mêlé de stupeur et d’excitation.

J’étais à l’intérieur d’une bâtisse aux murs épais et usés par le temps. A vrai dire, c’était une grande tour circulaire en ruine, bordée de colonnades sculptées et surmontée d’une voûte en arc brisé à moitié effondrée qui permettait de voir un ciel blanc. L’air était glacial. Il neigeait et les flocons s’infiltraient à l’intérieur de l’édifice pour former plusieurs névés sur les larges dalles. La tour rejoignait une autre partie du bâtiment par un immense corridor dont le sol était couvert par ce qui restait d’un long tapis rouge brodé. J’ai compris que l’endroit était fréquenté, quand j’ai vu que de nombreuses torches brûlaient sur les parois du bâtiment. Soudain, une lueur apparut devant moi. Elle prit la forme d’un homme translucide, comme celles des fantômes que j’ai vus dans les catacombes d’Ascalon.

J’ai tout d’abord cru qu’il faille l’affronter, mais sa placidité m’incita à lui parler avant d’engager la moindre action conflictuelle. Il me souhaita la bienvenue dans cet endroit appelé Œil du Nord, que nous étions quelques part dans les lointaines Cimefroides. Il me raconta qu’il faisait partie de l’Avant-garde d’Ebon et qu’il avait défendu ce bastion avec l’aide d’une puissante héroïne et d’autres alliés venus des quatre coins de la Tyrie. Il m’expliqua que quelqu’un m’attendait dans l’autre bâtiment appelé Panthéon des Hauts Faits. Une fois le spectre remercié, je me suis donc engagée dans le couloir parsemé de débris rocheux. De l’autre côté, il y avait une immense salle hexagonale remplie de trésors. Sur les murs brûlaient de grands flambeaux et pendaient les vestiges déchirés de grandes tapisseries. Au centre se trouvait un large bassin rempli d’eau où flottaient des feuilles de nénuphar géant. Sur l’une d’entre elle se tenait un autre fantôme. Il se tourna vers moi avec un air réjoui et se présenta. Son nom était Kimmes l’historien. Il m’a dit : « Je reconnais la valeur de votre âme, héroïne. Je me cramponne à ce monde afin de garder ces objets qui vous ont été de tous temps destinés. Les âges ont passé et vous voici enfin. Entrez en possession de votre héritage. L’heure est venue ».
 
Quand je lui ai demandé à qui avaient appartenu ces objets, il me répondit que Lhana Givrevol les avait rassemblés ici. Il ajouta qu’il avait attendu pendant des siècles que quelqu’un qui incarne le même héroïsme vienne en ces lieux. Il me légua alors tous les objets présents : de l’équipement magique, armes, armures et autres trouvailles. Chacun de ces legs avaient une histoire. Il en émanait le souffle encore vif de l’existence de mon ancêtre. C’était comme si Lhana m’avait transmis un message des temps anciens qui me disait : « Suis mes traces et soit forte car je crois en toi » ou quelque chose du genre.

Cet instant fut aussi émouvant que nos retrouvailles avec Valentina, ma sœur que je croyais morte. Je sais maintenant pourquoi j’ai choisi cette vie, et je suis désormais convaincue que ce choix est le bon.
Mon attention s’est ensuite portée sur des étuis à parchemins. Je les ai ouvert soigneusement afin de ne pas les abimer, et j’ai découvert des informations concernant l’ordre secret auquel elle appartenait : les Larmes de Raïma. J’ai tout lu d’une traite. Il y avait également une carte de Maguuma avec des indications à propos de données contenues dans un golem, lui-même caché dans un laboratoire secret. Dans les textes, il était écrit que le golem détenait le code LDR : une série de préceptes dictés par Raïma à Fleur-Anne Grimhild, la fondatrice de l’ordre. Ce code contient le crédo, les secrets et l’organisation des Larmes de Raïma.

Rien ne fut laissé au hasard. Mon ancêtre voulait que l’ordre renaisse après sa mort.
Dès ce jour, c’était décidé. Ma nouvelle quête serait de trouver le code et reformer l’ordre. Les Larmes de Raïma devaient briller comme autrefois. C’est pourquoi le lendemain, je partais pour Maguuma.

Je raconterai la suite de cette aventure dans les prochaines pages. Le devoir m'appelle.

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