Entrée 12 du journal


 
La promenade des amoureux défunts


Notre beau pays regorge de lieux que j’aimerais visiter, surtout ceux dont parlent les auteurs de chansons traditionnelles. Certains de ces endroits ont été recouverts par les eaux et d’autres ont été envahis par les armées lugubres des mort-vivants de Zaithan. Je pense avoir hérité malgré tout de la curiosité malsaine de mon ancêtre Lhana, c’est ce qui me condamnera sans doute à une mort violente. Peut-être aurais-je le temps de régaler mes yeux de merveilles avant que mon esprit rejoigne les brumes… Ces derniers jours, je pense souvent à ce lieu mystérieux appelé « La promenade des amoureux défunts ». C’est le titre d’un vieux poème krytien chanté par nos ménestrels, dont j’ai oublié les paroles... Je me souviens toutefois d’un passage :



Pale lune. Ton regard impassible berce les cœurs éperdus,
Quand sur la promenade, les amoureux défunts,
Clament sans pruderie leurs aveux défendus…


Il faudra que je passe à la bibliothèque pour retrouver le texte en entier. De mémoire, cette histoire évoque une plage où se retrouvent les fantômes de couples brisés. Cela se produirait les soirs de pleine lune, dans une crique à l’abri des regards indiscrets. Je ne suis pas très fleurs bleues, mais il faut reconnaitre que ce genre d’histoire m’émoustille un tantinet. Ce serait pourtant agréable qu’un homme m’emmène avec lui sur cette plage, pour contempler les esprits blafards échanger un baiser sous la pâleur lunaire…

Oui bon, je pourrais tout autant m’y rendre avec un tonneau de bière que je m’enfilerais en appréciant le spectacle… Par ailleurs, j’ai récemment pris ma plus incroyable déculottée lors d’un concours de boisson chez Andrew et Petra. Enfin cela ne veut pas dire que j’ai perdu ma culotte… Disons que j’étais tellement ivre que j’ai fini la soirée la tête coincée dans un tuba de l’orchestre mécanique d’Uzolan ! Par les dieux, j’ignore comment j’ai pu me retrouver là-dedans…

Bref, ce n’est pas de cela que je voulais parler. Revenons-en à la promenade des amoureux défunts. En réalité je m’intéresse à cela pour une toute autre raison. Dans le poème, on raconte que quelquefois, un revenant apparait aux abords d’une petite cabane perchée sur la falaise qui domine la crique. Ce serait le fantôme de Vanessa Hathen, dit « la fomenteuse ». De son vivant elle était une courtisane expérimentée, capable de faire succomber n’importe quel homme à son charme. Elle n’avait aucune rivale. Toutefois sa jeunesse ne fut point éternelle et lorsque sa beauté perdit de sa fraîcheur, la gent masculine s’intéressa à d’autres.

On dit que Miss Hathen ne supporta point de perdre son hégémonie et qu’en secret elle apprit quelques tours de magie. Ainsi, elle enchanta son pendentif à l’aide d’un puissant sortilège. Le pouvoir de l’objet lui permettait d’absorber la vitalité des femmes qu’elle touchait du bout de ses doigts, en échange Vanessa retrouvait l’éclat de sa prime jeunesse. L’ignominieuse magie du pendentif tua toutes les femmes qui devenaient gênantes aux yeux de la tentatrice.

Son histoire prit fin tragiquement, car un soir où elle admirait les flots du haut de la falaise, « elle fut poussée par une concurrente et s’écrasa comme une vieille pomme sur les rochers pointus ». Sa fin brutale me parait logique, enfin je veux dire que ça ne me surprend pas. En plus, elle a provoqué la mort d'autres personnes uniquement pour son bien être... bien mal acquis ne profite jamais comme on dit.

Le poème semble dire qu’on peut de temps en temps voir son spectre qui sanglote au-dessus du récif. Il dit surtout qu’elle offrira son incroyable pendentif à celui ou celle qui saura la réconforter. Voilà pourquoi j’irais bien rendre une petite visite à cette demoiselle en haut de la promenade des amoureux défunts. Il faudra probablement prévoir des armes et apprendre quelques sortilèges au cas où… mais ça ne me fait pas peur. Les spectres sont le pain quotidien des nécromants après tout!

Peut-être devrais-je quérir l’aide de cette foldingue du quartier que j’ai rencontrée à la taverne l’autre soir… C’est elle qui m’a battue au concours de boisson. Je n’arrive pas à comprendre comment elle a fait pour boire autant de rhum sans ramper sous la table… Son nom, c’est Enola, une malade de la gâchette comme on en voit parfois au Promontoire Divin. Il parait qu’elle vit dans les environs depuis quelques années, mais elle m’a expliqué qu’elle passait son temps entre la prison et le stand de tir. J’avoue que ce sont des lieux que je ne fréquente pas vraiment…

Nous avons parlé d’aventure et de défis. Nous partagions le même désir de voyage et de découverte. J’ai vraiment hâte de la revoir, même si j'ai l'impression qu'en sa compagnie on trouve rapidement les problèmes...

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