Entrée 13 du journal



Le temps des décisions


Fantastique ! J’ai reçu une nouvelle lettre pour les courriers indigènes ! Et en plus c’est une sylvari ! Je suis trop contente ! Cela me rappelle que je n’ai pas encore répondu à Kanya. Je pense que je vais y remédier rapidement. La charr m’a paru plutôt réceptive, bien qu'elle se soit exprimée avec une certaine réserve (ce qui ne m’étonne pas vraiment en fin de compte). La sylvari s’est montrée au contraire, très enjouée. Je suis persuadée que nous pourrions devenir de très bonnes amies. Dès que j’irai à l’Arche du Lion, je m’empresserai de la retrouver. Mais aujourd’hui je ressens le besoin de parler d’un récent évènement qui m’a véritablement convaincue de prendre mon destin en main.

Voyons… tout a commencé il y a trois jours...


De bon matin, j’étais allée à l’atelier pour suivre mes leçons de couture. C’est une activité que j’adore, mais je passe tellement de temps à feuilleter de vieux livres d’histoire, que je ne progresse pas tellement. A vrai dire, je suis bien meilleure en cuisine… mais à force de grignoter, je finis par prendre du poids et ce n’est guère mieux. Mais là je m’égare un peu… Où en étais-je ? Ah oui ! Mes cours de couture...

Tout se passait très bien jusqu’au moment où un messager a déboulé à l’atelier, apportant une missive à mon instructrice. Cette dernière n’aime pas trop être dérangée pendant son travail, surtout quand elle s’occupe d’un apprenti. Le jeune visiteur aurait pu se faire houspiller s'il n'avait pas précisé que c’était un message urgent. Dès qu’elle eut fini de lire la lettre, ma formatrice m’a expliqué que le message venait de son fournisseur de teintures et de pigments, Sire Léon. Le pauvre bougre s’était fait volé sa cargaison d’ocre et de garance, ce qui fait qu’il était dans l’incapacité d’assurer la livraison qui devait parvenir à l’atelier en fin de journée.

Au début ma préceptrice était en colère car elle ne savait pas comment annoncer à certains clients que leurs commandes allaient prendre un retard considérable. C’est là que j’ai eu la fabuleuse idée de lui parler d’une parcelle de terre où poussent des garances, derrière une colline au sud. Pendant ma longue période d’oisiveté de ces dernières années, j’avais coutume de me promener aux abords du Promontoire Divin, mais jamais très loin des sentiers. Je me souvenais bien de ces fleurs jaunes rampantes aux racines rouge vif.

Je me suis donc proposée pour aller sur place et rapporter une charrette entière de ces plantes, si cela pouvait la soulager. J’espérais secrètement qu’elle refuse... mais bien sûr, elle était réjouie d’apprendre cette nouvelle et accepta mon aide ! C’est ainsi que je me suis retrouvée à marcher aux côtés d’un vieux bœuf qui trainait mon chariot à moitié disloqué. Malgré une impression de corvée, je m’estimais finalement assez heureuse de respirer l’air tiède de ce jour ensoleillé. En plus, j’ai croisé de beaux et braves guerriers qui m’ont escorté gratuitement, et ce, pendant un bon bout de chemin.

Sans surprise, j’ai finalement retrouvé le champ où poussent ces satanées garances. C’est un terrain pentu avec une très vieille cabane en bois au milieu, pourvue en façade d’un petit auvent abîmé et d’un banc de pierre. Cette bicoque est abandonnée depuis de longues années, mais je n’avais pas compris pourquoi jusqu’à ce jour… En passant, j’ai aussi compris pourquoi le deuxième chapitre de mon manuel de nécromancie conseille de ne jamais sortir sans arme...
Après avoir récolté les nombreuses fleurs (c’est un exercice long et délicat parce qu’il faut absolument préserver l’intégralité de la racine), j’ai voulu visiter la vieille cabane au milieu du champ. Si j’avais su...

Il y avait à l’intérieur une tenace odeur de renfermé et de bois pourri. Mais en m’avançant un peu, le sol terreux s’est tout simplement effondré sous mon poids ! J’ai fait une chute d’environ quinze pieds qui fut réceptionnée par un grand panier à provisions rempli de légumes et de pommes de terre. J’ai vite réalisé qu’il y avait des galeries tortueuses sous le champ de garances, et pas moyen de remonter par ce trou glissant !

J’ai donc entamé l’exploration des lieux. Il y faisait plus noir que dans le cul d’une vache comme dirait ma mère. J’ai marché une bonne minute à tâtons pour enfin trouver une source de lumière au bout d’un tunnel à peine soutenu par de rares poutres usées. La luminosité venait d’une petite salle qui donnait ensuite sur une assez profonde caverne. Cette même caverne donnait accès à un nombre important de galeries souterraines. Dans ce local, il y avait des vivres pour un régiment et ce qui ressemblait à des butins. Très honnêtement, j’ai ramassé deux ou trois pièces d’or qui dépassaient d’une bourse... puis j’ai continué ma visite.

Peu de temps après, j’ai entendu des bruits de pas. Il n’y avait nulle part où se cacher, alors j’ai couru. C’était des bandits. Ils m’ont poursuivie à travers ce dédale jusqu’à ce que j’atteigne une imposante grotte dans laquelle une bonne dizaine de brigands étaient réunis. J’y ai vu des cages remplies de prisonniers, probablement des otages ou de futurs esclaves. Ils étaient surpris de me voir débarquer en trombe dans leur planque. Compte tenu de la situation, je disposais de peu de temps pour réfléchir. Voyant que je me trouvais dans un repaire secret de malfrats et que je n’avais aucune chance de les vaincre seule, j’ai traversé les lieux à toute allure en espérant trouver une sortie. Et c’est ce qu’il s’est passé...

Quand j’ai atteint l’extérieur, je me trouvais au pied de la colline la plus proche. L’entrée était partiellement dissimulée par des plantes grimpantes qui pendaient devant. Derrière moi, je les entendais crier à leurs compères de m’arrêter, mais je ne leur ai pas donné cette chance !

J’ai fini par retrouver mon chemin jusqu’au champ de garance et j’ai prévenu les gardes de tout ce que j’avais vu. Et qu’est-ce qu’ils m’ont dit ? Qu’ils n’avaient pas le temps de s’occuper de ce genre de choses ! J’ai eu beau m’égosiller pour leur faire comprendre qu’il y avait des personnes séquestrées dans ces souterrains. Ils m’ont lancé que si je trouvais des alliés prêts à s’en charger et un peu de courage, je n’avais qu’à m’en occuper.

Au début, je me suis sentie offensée et écœurée par leur réaction, mais au fond j’y ai bien réfléchi et j’ai contacté ma nouvelle copine Enola pour savoir si ce genre de mission l’intéressait... Elle s’est contentée de brandir son fusil en m’adressant un sourire cynique. J'ai pris ça pour un oui.

Il me manque encore une ou deux personnes et dès que possible je retourne dans cette grotte pour délivrer les prisonniers. Et la prochaine fois j’aurai mon bâton !

Pour conclure la petite histoire, j’ai livré les garances à ma préceptrice dans les temps, les teintures rouges ont pu être préparées dans les délais et les clients furent satisfaits du travail fourni.

Merci qui ?

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