La nuit et moi
A
chaque fois que tombe le jour, on croise les veilleurs de nuit qui
allument les lanternes de la ville en reproduisant inlassablement les
mêmes gestes. Certaines boutiques ferment leur porte alors que d’autres
s’animent. On voit les ouvriers rentrer chez eux après une dure journée
de labeur. Puis, derrière les fenêtres apparaissent aussitôt les ombres
dansantes que la lueur des bougies fait naître. Il y a toujours un
moment de flottement à cette période, un instant où le temps se fige...
Je l’appelle : la minute des morts. Silencieuse, intrigante et immobile. Pendant ce bref délai, les rues sont calmes et sereines, surtout en hiver, quand le vent frais pousse les hommes à se réfugier dans les chaumières. Les cheminées exhalent alors une fumée blanche et opaque, libérant les multiples senteurs d’orme, de chêne et de pin.
Souvent, ce sont les gardes qui brisent le silence. De petits groupes de miliciens patrouillent dans les rues afin d’interpeller le moindre vagabond importun ou bandit qui rôderait. Plus rarement, on entend le crieur des morts qui passe dans les avenues en clamant les noms des récents disparus et la date des prochaines funérailles. C’est comme ça que j’avais appris la disparition de ma sœur, Valentina. Sauf qu’il n’y a jamais eu de rite funéraire… Nous gardons cela pour le jour où nous trouverons sa dépouille.
J’aime la nuit. C’est un passage vers un autre monde… vers le rêve, la peur et l’inconnu. Et puis ma peau laiteuse est plus belle à la lueur des astres que sous les rayons mordants du soleil. La nuit est une période où tout ce qui craint la lumière s’éveille, où tout ce qui est impalpable devient visible, tandis que les hommes et les oiseaux s’endorment.
Afin de savourer cet instant, je marche dans la pénombre. Je tente de répondre à mes questions intérieures. Je cherche la lumière au milieu des ténèbres, ma lumière, celle qui me guidera et m’aidera à faire les bons choix. Depuis quelques mois je trouve difficilement le sommeil, c’est pour cela que j’erre dans les rues car quand je m'endors, le même cauchemar me hante :
Je suis enchaînée à un lit, dans une chambre aux murs couverts de sang. Un pâle rai lunaire pénètre par l’unique fenêtre. Je suis vêtue d’une robe d'apparat noire. Plus je me débats et plus les liens métalliques entaillent mes poignets, et alors que je me tortille vainement sur le matelas tâché, j'aperçois un serpent à l’autre bout de la pièce. Il rampe doucement vers moi et finit par atteindre le lit… il grimpe sans bruit agitant sa langue fourchu que je perçois comme un signe de provocation. Il approche encore et glisse le long de ma jambe. Je frissonne en pensant à chaque parcelle de ma peau vulnérable à ses attaques. Je cherche une idée pour l’affronter, mais je n’ai ni arme ni pouvoir… Lorsqu’il arrive près de mon visage, je l’entends parler dans ma tête… ses mots font plus mal que la pire des morsures ! Impuissante, je pleure et je me réveille.
Je l’appelle : la minute des morts. Silencieuse, intrigante et immobile. Pendant ce bref délai, les rues sont calmes et sereines, surtout en hiver, quand le vent frais pousse les hommes à se réfugier dans les chaumières. Les cheminées exhalent alors une fumée blanche et opaque, libérant les multiples senteurs d’orme, de chêne et de pin.
Souvent, ce sont les gardes qui brisent le silence. De petits groupes de miliciens patrouillent dans les rues afin d’interpeller le moindre vagabond importun ou bandit qui rôderait. Plus rarement, on entend le crieur des morts qui passe dans les avenues en clamant les noms des récents disparus et la date des prochaines funérailles. C’est comme ça que j’avais appris la disparition de ma sœur, Valentina. Sauf qu’il n’y a jamais eu de rite funéraire… Nous gardons cela pour le jour où nous trouverons sa dépouille.
J’aime la nuit. C’est un passage vers un autre monde… vers le rêve, la peur et l’inconnu. Et puis ma peau laiteuse est plus belle à la lueur des astres que sous les rayons mordants du soleil. La nuit est une période où tout ce qui craint la lumière s’éveille, où tout ce qui est impalpable devient visible, tandis que les hommes et les oiseaux s’endorment.
Afin de savourer cet instant, je marche dans la pénombre. Je tente de répondre à mes questions intérieures. Je cherche la lumière au milieu des ténèbres, ma lumière, celle qui me guidera et m’aidera à faire les bons choix. Depuis quelques mois je trouve difficilement le sommeil, c’est pour cela que j’erre dans les rues car quand je m'endors, le même cauchemar me hante :
Je suis enchaînée à un lit, dans une chambre aux murs couverts de sang. Un pâle rai lunaire pénètre par l’unique fenêtre. Je suis vêtue d’une robe d'apparat noire. Plus je me débats et plus les liens métalliques entaillent mes poignets, et alors que je me tortille vainement sur le matelas tâché, j'aperçois un serpent à l’autre bout de la pièce. Il rampe doucement vers moi et finit par atteindre le lit… il grimpe sans bruit agitant sa langue fourchu que je perçois comme un signe de provocation. Il approche encore et glisse le long de ma jambe. Je frissonne en pensant à chaque parcelle de ma peau vulnérable à ses attaques. Je cherche une idée pour l’affronter, mais je n’ai ni arme ni pouvoir… Lorsqu’il arrive près de mon visage, je l’entends parler dans ma tête… ses mots font plus mal que la pire des morsures ! Impuissante, je pleure et je me réveille.
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