— Tous des imbéciles ! Sans exception !
Vanni s’égosillait toute seule dans son laboratoire en faisant les cent pas. Elle jeta une clé à molette à travers la pièce. L’outil heurta son golem majordome qui apportait naïvement une boisson à sa conceptrice. L’automate marqua un arrêt de courte durée avant de reprendre sa trajectoire initiale.
— Tous des ignorants ! hurla-t-elle à nouveau en projetant cette fois-ci un tournevis que le golem évita de justesse.
L’objet rebondit sur la carcasse d’un vieux prototype de climatiseur à énergie mystique, un ancien projet sur lequel Vanni avait longuement travaillé, mais qui explosa à la première mise en route. La jeune asura avait bien failli y laisser sa peau.
Depuis cette époque, elle avait décidé de se pencher sur d’autres recherches. Tous ses efforts furent concentrés sur les améliorations de son invention : le golem VALET 123. Vanni l’avait surnommé « Klikk », par commodité et aussi parce qu’il émettait un cliquetis aigu en se déplaçant.
— Tous des vauriens ! Tous des crétins ! Tous des…
Elle s’interrompit pour regarder autour d’elle, en cherchant un autre objet à balancer de l’autre côté du laboratoire. Son rictus de colère dévoilait ses fines dents acérées. Cette grimace lui donnait un air dangereux et franchement sauvage. Ses grands yeux jaunes roulaient frénétiquement dans leurs orbites, à tel point qu’on l’eut cru folle. Elle préféra ne pas s’en prendre aux autres matériaux car ils étaient bien trop coûteux.
Le golem approcha lentement en tendant un cocktail de fruit à sa maîtresse. Sa voix robotique émit quelques syllabes saccadées.
— MA-DA-ME. VO-TRE RA-FRAÎ-CHIS-SE-MENT.
— … Merci, dit-elle en le guettant du coin de l’œil.
Vanni attrapa le verre à pied d’un geste vif et avala d’un trait le mélange de fruits rouges qu’il contenait. Le golem fit demi-tour comme s’il comprenait qu’il valait mieux la laisser tranquille. Elle pesta encore pendant une bonne heure avant de se sentir calmée.
En réalité, c’était un jour comme un autre. Réunissez les plus grands génies de Tyrie au même endroit, ajoutez-leur un égo surdimensionné et vous obtiendrez le climat le plus chaotique que l’on puisse imaginer. C’est ainsi à Rata Sum. Or, sur la côte ternie, les disputes de ces petits gobelinoïdes font plus de bruit que les morts-vivants du terrible Zaithan. Dans ce milieu où la concurrence a toujours été très forte, Vanni avait choisi d’intégrer le collège de la Dynamique. Ses idées progressistes et son désir de découverte faisaient d’elle une élève parfaite pour cette branche de l’académie asura. Nul n’osait nier son talent, mais ils s’accordaient tous à dire que tôt ou tard, son agressivité lui jouerait des tours.
Ce matin, la jeune Vanni venait de se quereller avec un autre asura répondant au doux nom de Perkk. Tout est parti d’une simple conversation à propos de la composition des cristaux de flux énergétiques que Vanni comptait ajouter dans la fabrication de son golem serviteur.
Voici leur conversation, deux heures plus tôt :
— Si tu tailles tes cristaux en dodécaèdres réguliers, tu augmenteras la puissance de ton golem sans danger.
— Perkk, tu as au moins cinquante ans de retard ! Si tu avais évolué avec ton temps, tu aurais probablement appris qu’en installant un cristal en dodécaèdre régulier, on gagne de la puissance mais on perd de l’énergie beaucoup trop rapidement. Quand on est moderne, on utilise un prisme décagonal !
— Pfff ! Stupide ! En faisant ça tu n’as aucune maîtrise des flux de particules. Ton golem va te péter à la figure et tu finiras en petit tas de cendre !
— Tu dis ça parce que ton esprit est aussi étriqué que celui d’un skritt !
— Répète pour voir ?! lança-t-il en agitant son poing serré.
— Mon golem est parfaitement opérationnel ! Avec un prisme décagonal, j’obtiens non seulement une puissance équivalente à tes vieilles méthodes, mais j’allonge très nettement sa durée de fonctionnement.
— Très bien, il dure longtemps ! Bravo ! Et quand il t’étranglera dans ton sommeil, tu seras bien avancée Vanni ! Ah ça oui, je te féliciterai quand tu rejoindras l’Alchimie Éternelle…
— Et alors ? Je préfère prendre des risques et obtenir des résultats, plutôt que de rester assise sur mes principes et passer à côté du potentiel énorme que j’ai sous les yeux.
— Fais ce que tu veux, moi je te donne des conseils, c’est tout !
— Des conseils pourris ! Voilà !
Perkk baissa la tête de dépit. Il releva les yeux vers Vanni qui commençait à montrer les dents.
— Je veux te protéger et t’encourager. Le conseil risque fort de refuser ton projet…
— Pourquoi dis-tu ça ?
— Il se pourrait que j’aie des informations…
La jeune asura passa la main dans ses cheveux turquoise et se gratta la tête en le questionnant.
— Quel genre d’information ?
— Vanni, tu devrais être plus gentille avec moi, surtout si tu veux que je sois gentil moi aussi…
Elle le fusilla du regard et serra les dents. On aurait dit qu’elle allait exploser.
— Tu ferais mieux de m’en parler…
— Je regrette, je ne vois pas en quoi je pourrais t’être utile. Après tout, j’ai cinquante ans de retard, n’est-ce pas ?
— Fais ce que tu veux ! De toute façon je m’en sortirai très bien toute seule !
Elle tourna les talons en direction de son laboratoire et vous connaissez la suite.
Une fois qu’elle eut ingurgité son cocktail fruité, Vanni se mit au travail sur le golem afin de lui apporter les améliorations prévues. Il lui manquait un élément crucial pour finaliser sa création : un transmetteur d’énergie sonique. Cet élément était indispensable et ne pouvait être remplacé par aucune autre technologie. Le problème est qu’elle ne pouvait trouver ce genre de chose que chez les draguerres, et l’idée de faire du troc avec ces créatures lui était insupportable. Il fallait donc leur voler. Toutefois, l’opération était trop complexe pour être réalisée seule et personne à Rata Sum n’aurait accepté de l’aider, à moins de trouver quelqu’un qui recherchait la même pièce. Elle n’essaya même pas de demander du soutien, par crainte d’essuyer un refus et surtout par orgueil.
Elle prépara ses affaires pour partir en voyage. Son golem VALET 123 resta au laboratoire pour effectuer la maintenance et le ménage des lieux. Elle avait élaboré son plan de façon à réaliser des objectifs précis. En premier, elle devait trouver des renseignements sur les différents souterrains occupés par les draguerres. Ensuite, elle voulait trouver un accès pour y pénétrer. Pour cela, elle devait aussi recruter des individus suffisamment téméraires ou naïfs pour l’accompagner.
Dans un premier temps, elle se rendit aux abords du territoire sylvari. Lorsqu’elle eut franchi les deux tiers du chemin qui la séparait du Bosquet, la capitale des sylvaris, elle fit une première rencontre tandis qu’elle luttait pour sa survie. Vanni était magicienne. Elle combattait à l’aide d’une magie destinée à tromper ses adversaires en créant des simulacres à son effigie, capables de frapper quiconque se dressait sur sa route. Il faisait nuit lorsqu’un groupe de serviteurs nécrotiques l’attaquèrent. Le secteur était marécageux, peu propice aux déplacements d’une petite créature comme Vanni. Elle aurait pu succomber si un allié imprévu ne s’était pas mêlé au combat. Le hasard voulut que cet allié utilisait la même magie qu’elle.
C’était une sylvari au teint beige. Son visage possédait des traits fins et sa chevelure était constituée de larges feuilles roses qui retombaient derrière sa nuque telles des tiges de lierre. Ensemble elles terrassèrent leurs ennemis communs et trouvèrent un abri temporaire. Les deux voyageuses s’assirent devant une minuscule caverne, sur le tronc couché d’un arbre mort. C’est là qu’elles firent les présentations.
— Belle bagarre, hein ? s’exclama la sylvari avec un sourire décontracté. Je m’appelle Alys ! Et toi, qui es-tu ?
Vanni la scruta sous tous les angles. Elle avait déjà vu des sylvaris de passage à Rata Sum, mais ne s’était jamais attardée à tailler une bavette avec eux. Son emploi du temps ne lui permettait pas ce genre d’écart. Après un bref silence, elle répondit à son interlocutrice d’un ton vaguement méprisant.
— Je pouvais m’en sortir seule…
— Je n’ai pas dit le contraire. Je pensais juste que ce serait plus amusant de faire ça à deux.
— Mouais, passons… Je m’appelle Vanni.
— C’est un joli nom pour une asura ! Le peu d’entre vous que j’ai eu la chance de rencontrer portait tous des noms d’onomatopées, du genre : Beurk, Crakk, Gromp, Plaff !
Elle fut prise d’un petit rire nerveux à l’écoute de ses propres exemples. Vanni n’avait pas l’air d’apprécier.
— Venant d’un chou-fleur qui parle, je crois que je vais bien le prendre… lâcha l’asura en relevant menton d’une façon dédaigneuse.
— Que fais-tu dans les parages ?
— Ce sont mes affaires !
— Moi, je suis partie de chez moi pour découvrir le monde. Le grand rêve m’a montré des territoires merveilleux que j’aimerais visiter. Je remontais vers le nord en direction du royaume de Kryte, chez les humains.
— Il y a des draguerres chez les bookah ?
— Les quoi ?
— En Kryte… Est-ce qu’il y a des draguerres en Kryte ?
— Je suppose, dit la sylvari qui afficha une moue concentrée. A vrai dire, il y en a un peu partout. Pourquoi me demandes-tu ça ?
— Hum… ils ont quelque chose qui m’intéresse.
— Pourquoi ne pas leur demander directement ?
— J’y ai déjà pensé, figure-toi, mais je les déteste et je me méfie d’eux.
— Ah, concéda-t-elle en adoptant une attitude provocatrice. Tu vois, tu m’as quand même répondu !
Vanni se retint de lui cracher un chapelet d’insultes au visage. Elle se contenta de libérer un profond soupir. Soudain, elle comprit qu’elle pouvait peut-être tirer avantage de la situation.
— Tu n’as pas de projet particulier vis-à-vis de ta découverte du monde ? Je veux dire, rien qui ne presse ?
— J’ai l’intention de me rendre à l’Arche du Lion. Je pense que ce genre d’endroit est propice aux rencontres. Mais je préfère y aller sans emprunter les portails que votre peuple a mis à notre disposition. Ça me permet de visiter l’intérieur des terres. Pourquoi cette question ?
— J’ai bien une petite proposition à te faire…
Vanni s’égosillait toute seule dans son laboratoire en faisant les cent pas. Elle jeta une clé à molette à travers la pièce. L’outil heurta son golem majordome qui apportait naïvement une boisson à sa conceptrice. L’automate marqua un arrêt de courte durée avant de reprendre sa trajectoire initiale.
— Tous des ignorants ! hurla-t-elle à nouveau en projetant cette fois-ci un tournevis que le golem évita de justesse.
L’objet rebondit sur la carcasse d’un vieux prototype de climatiseur à énergie mystique, un ancien projet sur lequel Vanni avait longuement travaillé, mais qui explosa à la première mise en route. La jeune asura avait bien failli y laisser sa peau.
Depuis cette époque, elle avait décidé de se pencher sur d’autres recherches. Tous ses efforts furent concentrés sur les améliorations de son invention : le golem VALET 123. Vanni l’avait surnommé « Klikk », par commodité et aussi parce qu’il émettait un cliquetis aigu en se déplaçant.
— Tous des vauriens ! Tous des crétins ! Tous des…
Elle s’interrompit pour regarder autour d’elle, en cherchant un autre objet à balancer de l’autre côté du laboratoire. Son rictus de colère dévoilait ses fines dents acérées. Cette grimace lui donnait un air dangereux et franchement sauvage. Ses grands yeux jaunes roulaient frénétiquement dans leurs orbites, à tel point qu’on l’eut cru folle. Elle préféra ne pas s’en prendre aux autres matériaux car ils étaient bien trop coûteux.
Le golem approcha lentement en tendant un cocktail de fruit à sa maîtresse. Sa voix robotique émit quelques syllabes saccadées.
— MA-DA-ME. VO-TRE RA-FRAÎ-CHIS-SE-MENT.
— … Merci, dit-elle en le guettant du coin de l’œil.
Vanni attrapa le verre à pied d’un geste vif et avala d’un trait le mélange de fruits rouges qu’il contenait. Le golem fit demi-tour comme s’il comprenait qu’il valait mieux la laisser tranquille. Elle pesta encore pendant une bonne heure avant de se sentir calmée.
En réalité, c’était un jour comme un autre. Réunissez les plus grands génies de Tyrie au même endroit, ajoutez-leur un égo surdimensionné et vous obtiendrez le climat le plus chaotique que l’on puisse imaginer. C’est ainsi à Rata Sum. Or, sur la côte ternie, les disputes de ces petits gobelinoïdes font plus de bruit que les morts-vivants du terrible Zaithan. Dans ce milieu où la concurrence a toujours été très forte, Vanni avait choisi d’intégrer le collège de la Dynamique. Ses idées progressistes et son désir de découverte faisaient d’elle une élève parfaite pour cette branche de l’académie asura. Nul n’osait nier son talent, mais ils s’accordaient tous à dire que tôt ou tard, son agressivité lui jouerait des tours.
Ce matin, la jeune Vanni venait de se quereller avec un autre asura répondant au doux nom de Perkk. Tout est parti d’une simple conversation à propos de la composition des cristaux de flux énergétiques que Vanni comptait ajouter dans la fabrication de son golem serviteur.
Voici leur conversation, deux heures plus tôt :
— Si tu tailles tes cristaux en dodécaèdres réguliers, tu augmenteras la puissance de ton golem sans danger.
— Perkk, tu as au moins cinquante ans de retard ! Si tu avais évolué avec ton temps, tu aurais probablement appris qu’en installant un cristal en dodécaèdre régulier, on gagne de la puissance mais on perd de l’énergie beaucoup trop rapidement. Quand on est moderne, on utilise un prisme décagonal !
— Pfff ! Stupide ! En faisant ça tu n’as aucune maîtrise des flux de particules. Ton golem va te péter à la figure et tu finiras en petit tas de cendre !
— Tu dis ça parce que ton esprit est aussi étriqué que celui d’un skritt !
— Répète pour voir ?! lança-t-il en agitant son poing serré.
— Mon golem est parfaitement opérationnel ! Avec un prisme décagonal, j’obtiens non seulement une puissance équivalente à tes vieilles méthodes, mais j’allonge très nettement sa durée de fonctionnement.
— Très bien, il dure longtemps ! Bravo ! Et quand il t’étranglera dans ton sommeil, tu seras bien avancée Vanni ! Ah ça oui, je te féliciterai quand tu rejoindras l’Alchimie Éternelle…
— Et alors ? Je préfère prendre des risques et obtenir des résultats, plutôt que de rester assise sur mes principes et passer à côté du potentiel énorme que j’ai sous les yeux.
— Fais ce que tu veux, moi je te donne des conseils, c’est tout !
— Des conseils pourris ! Voilà !
Perkk baissa la tête de dépit. Il releva les yeux vers Vanni qui commençait à montrer les dents.
— Je veux te protéger et t’encourager. Le conseil risque fort de refuser ton projet…
— Pourquoi dis-tu ça ?
— Il se pourrait que j’aie des informations…
La jeune asura passa la main dans ses cheveux turquoise et se gratta la tête en le questionnant.
— Quel genre d’information ?
— Vanni, tu devrais être plus gentille avec moi, surtout si tu veux que je sois gentil moi aussi…
Elle le fusilla du regard et serra les dents. On aurait dit qu’elle allait exploser.
— Tu ferais mieux de m’en parler…
— Je regrette, je ne vois pas en quoi je pourrais t’être utile. Après tout, j’ai cinquante ans de retard, n’est-ce pas ?
— Fais ce que tu veux ! De toute façon je m’en sortirai très bien toute seule !
Elle tourna les talons en direction de son laboratoire et vous connaissez la suite.
Une fois qu’elle eut ingurgité son cocktail fruité, Vanni se mit au travail sur le golem afin de lui apporter les améliorations prévues. Il lui manquait un élément crucial pour finaliser sa création : un transmetteur d’énergie sonique. Cet élément était indispensable et ne pouvait être remplacé par aucune autre technologie. Le problème est qu’elle ne pouvait trouver ce genre de chose que chez les draguerres, et l’idée de faire du troc avec ces créatures lui était insupportable. Il fallait donc leur voler. Toutefois, l’opération était trop complexe pour être réalisée seule et personne à Rata Sum n’aurait accepté de l’aider, à moins de trouver quelqu’un qui recherchait la même pièce. Elle n’essaya même pas de demander du soutien, par crainte d’essuyer un refus et surtout par orgueil.
Elle prépara ses affaires pour partir en voyage. Son golem VALET 123 resta au laboratoire pour effectuer la maintenance et le ménage des lieux. Elle avait élaboré son plan de façon à réaliser des objectifs précis. En premier, elle devait trouver des renseignements sur les différents souterrains occupés par les draguerres. Ensuite, elle voulait trouver un accès pour y pénétrer. Pour cela, elle devait aussi recruter des individus suffisamment téméraires ou naïfs pour l’accompagner.
Dans un premier temps, elle se rendit aux abords du territoire sylvari. Lorsqu’elle eut franchi les deux tiers du chemin qui la séparait du Bosquet, la capitale des sylvaris, elle fit une première rencontre tandis qu’elle luttait pour sa survie. Vanni était magicienne. Elle combattait à l’aide d’une magie destinée à tromper ses adversaires en créant des simulacres à son effigie, capables de frapper quiconque se dressait sur sa route. Il faisait nuit lorsqu’un groupe de serviteurs nécrotiques l’attaquèrent. Le secteur était marécageux, peu propice aux déplacements d’une petite créature comme Vanni. Elle aurait pu succomber si un allié imprévu ne s’était pas mêlé au combat. Le hasard voulut que cet allié utilisait la même magie qu’elle.
C’était une sylvari au teint beige. Son visage possédait des traits fins et sa chevelure était constituée de larges feuilles roses qui retombaient derrière sa nuque telles des tiges de lierre. Ensemble elles terrassèrent leurs ennemis communs et trouvèrent un abri temporaire. Les deux voyageuses s’assirent devant une minuscule caverne, sur le tronc couché d’un arbre mort. C’est là qu’elles firent les présentations.
— Belle bagarre, hein ? s’exclama la sylvari avec un sourire décontracté. Je m’appelle Alys ! Et toi, qui es-tu ?
Vanni la scruta sous tous les angles. Elle avait déjà vu des sylvaris de passage à Rata Sum, mais ne s’était jamais attardée à tailler une bavette avec eux. Son emploi du temps ne lui permettait pas ce genre d’écart. Après un bref silence, elle répondit à son interlocutrice d’un ton vaguement méprisant.
— Je pouvais m’en sortir seule…
— Je n’ai pas dit le contraire. Je pensais juste que ce serait plus amusant de faire ça à deux.
— Mouais, passons… Je m’appelle Vanni.
— C’est un joli nom pour une asura ! Le peu d’entre vous que j’ai eu la chance de rencontrer portait tous des noms d’onomatopées, du genre : Beurk, Crakk, Gromp, Plaff !
Elle fut prise d’un petit rire nerveux à l’écoute de ses propres exemples. Vanni n’avait pas l’air d’apprécier.
— Venant d’un chou-fleur qui parle, je crois que je vais bien le prendre… lâcha l’asura en relevant menton d’une façon dédaigneuse.
— Que fais-tu dans les parages ?
— Ce sont mes affaires !
— Moi, je suis partie de chez moi pour découvrir le monde. Le grand rêve m’a montré des territoires merveilleux que j’aimerais visiter. Je remontais vers le nord en direction du royaume de Kryte, chez les humains.
— Il y a des draguerres chez les bookah ?
— Les quoi ?
— En Kryte… Est-ce qu’il y a des draguerres en Kryte ?
— Je suppose, dit la sylvari qui afficha une moue concentrée. A vrai dire, il y en a un peu partout. Pourquoi me demandes-tu ça ?
— Hum… ils ont quelque chose qui m’intéresse.
— Pourquoi ne pas leur demander directement ?
— J’y ai déjà pensé, figure-toi, mais je les déteste et je me méfie d’eux.
— Ah, concéda-t-elle en adoptant une attitude provocatrice. Tu vois, tu m’as quand même répondu !
Vanni se retint de lui cracher un chapelet d’insultes au visage. Elle se contenta de libérer un profond soupir. Soudain, elle comprit qu’elle pouvait peut-être tirer avantage de la situation.
— Tu n’as pas de projet particulier vis-à-vis de ta découverte du monde ? Je veux dire, rien qui ne presse ?
— J’ai l’intention de me rendre à l’Arche du Lion. Je pense que ce genre d’endroit est propice aux rencontres. Mais je préfère y aller sans emprunter les portails que votre peuple a mis à notre disposition. Ça me permet de visiter l’intérieur des terres. Pourquoi cette question ?
— J’ai bien une petite proposition à te faire…

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