Entrée 2 du journal




Quelques mots de plus...


Je suis un fruit de la Kryte, une terre vallonnée et verdoyante. Bien qu'on m'ait narré maintes fois l'histoire de ma famille, je n'arrive pas encore à trouver la force de quitter mon pays natal. Vous l'ignorez probablement, mais je sais que quelques uns de mes ancêtres furent originaires des Cimefroides du Sud. Aujourd'hui, c'est le territoire des norns, des draguerres et des kodans.

Tout ceci m'amène naturellement à parler de Lhana Givrevol. C'est la dernière personne de ma famille (et originaire de cette région) dont on a entendu parler. Son sang coule dans mes veines et son histoire se trouve quelque part entre l'Outremonde et moi.

 Mes parents sont allés visiter le vieux caveau familial le jour où mon grand-père fut enterré... A l'intérieur, ils y ont trouvé toute une section dédiée à Lhana. Des salles pleines de vieux trésors, de sculptures et de tableaux. En rentrant, ma mère m'a dit que je ressemblait beaucoup à cette lointaine parente. J'ai soi-disant hérité de sa couleur de cheveux: un bleu nuit profond. Certains me surnomment "Crépuscule" ou encore "Meneldûr" qui veut dire sombre firmament en patois krytien. Parfois ça m'énerve un peu, alors j'envisage régulièrement de faire une teinture pour ma chevelure... Ma sœur m'a toujours conseillé de m'accepter telle que je suis. Je m'efforce de l'honorer en écoutant ses conseils avisés.

De plus, mon corps me plait assez. Je me sens bien en lui... à ma place. Et je plait aussi aux hommes, du moins, à certains d'entre eux. Puis à la taverne, j'ai même pu constater que je plaisais aussi aux femmes! Au moins, j'ai le choix!

Je dois dire j'ai le temps de penser à ces choses-là. J'ai un tempérament de rêveuse et une grande imagination, ce qui me pousse rapidement à entrer dans des états de perplexité prononcée quand je suis face à la réalité.

Pour illustrer cela, je peux raconter ce qui m'est arrivé l'autre jour au lavoir. Je regardais les nuages au-dessus de Shaemoor, quand tout à coup, Ervald est venu interrompre le fil de mes pensées. C'est le fils d'un joaillier (un bon parti, dit-on...) qui me tourne autour depuis plusieurs semaines.
Il a commencé à me parler de sa tenue pour la kermesse du Promontoire et de cher papa qui confectionne des bijoux pour la reine Jennah. Ce pauvre Ervald me donnait l'impression de se vendre comme on vend les poulets au marché! Pendant qu'il m'adressait la parole, j'ai eu le temps d'imaginer ce que pouvait devenir ma vie en épousant un garçon pareil... j'ai ressenti une étrange angoisse, puis j'ai fui en prétextant avoir une affaire urgente à régler! Je déteste les hommes qui pensent que leur rang social leur permet d'accéder à tout, même au cœur d'une femme.

Je crois intimement que je ne suis pas faite pour la vie en couple, en tout cas pas avec un roturier qui se prend pour je-ne-sais-qui... autant directement devenir esclave pour les corsaires!

Je suppose que mon avenir se joue ailleurs... Peut-être que je vais finalement ouvrir ce grimoire de nécromancie plus vite que je ne l'imaginais.

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